"Touriste" de Julien Blanc-Gras, Au Diable vauvert, 2011

Publié le par Cécile

TouristeJe profite de cette période estivale, souvent associée aux vacances, elles-mêmes associées au voyage pour voyager via le récit de Julien Blanc-Gras.

D'un pays à l'autre, la richesse des aventures du narrateur ne tient pas seulement au dépaysement mais, ce qui moi me touche et donc, à mes yeux trouve sa force, vient de la singularité de ses rencontres humaines :

- Mark au Mozambique ,

"Mark en est certain, l'homme est l'animal le plus dangereux. Le capitaine lève le nez de son herbier pour grogner :

     --La pression humaine détruit tout. Personne ne se rend compte de la vitesse à laquelle ces endroits disparaissent.

  Mark acquiesce. D'ordinaire, il se montre taiseux en société. Ce soir, il déroule un long discours qui dévoile, derrière Crocodile Dundee, un homme à la pensée élaborée et nourrie de références scientifiques. Il constate plus que quiconque l'incommensurable gâchis environnemental mais croit en la capacité de régénération de la nature (...). Mark comprend la brousse dans son intimité, c'est l'amour de sa vie. Nous avons des tentes mais il dort tous les soirs à la belle étoile, sans oublier toutefois de placer une hache à portée de sa main.

    --Pourquoi tu as choisi cette vie, Mark ?

    --Pour la liberté, je suppose. Je vis des choses que la plupart des gens ne peuvent même pas concevoir.

  Une partie de mon être envie l'homme qui s'accomplit au contact des éléments, une autre ne pourrait se passer de la dynamique urbaine (...).Je voudrait fumer une cigarette qui m'aiderait à réfléchir aux grands écarts de l'existence, je n'arrive pas à mettre la main sur mon briquet. Mark refuse de me prêter le sien:

   --Non, mon gars, si tu fumes, tu vas mourir.

  Mark n'a pas de fils, il m'aime bien. Il creuse un petit creux dans la terre, se saisit de quelques tortillons d'herbe et me tend deux bouts de bois :

   --Tu veux du feu ? Apprends à en faire."

 

-Valentin à Madagascar,

"La vérité, la sinistre vérité, c'est que ce crapaud érudit refuse de sacrifier une journée de recherche sur ses chers mollusques pour essayer de sauver la vie d'une quinzaine de pauvres nègres analphabètes.

   Comprenez-le : il a un budget à tenir, des résultats à présenter à ses mécènes - parmi lesquels on trouve une multinationale connue pour ses profits exorbitants et ses marées noires.

   Autour de la table, les regards sont concentrés sur les assiettes. Il y a ici des fonctionnaires de la science dont l'académisme est incompatible avec la contestation de l'autorité, des étudiants malgaches dont le statut hiérarchique interdit la prise de parole, des vieux loups de mer dont le mutisme semblait dissimuler une sagesse expérimentée mais qui s'avèrent tout simplement être des lâches.

   Personne ne moufte. Personne.

   Une minute silencieuse. Valentin desserre les dents :

   --On va passer ce coup de fil ou ...

   --Tu m'emmerdes. T'es viré.

   --On passe ce coup de fil ou je me casse.

   --Très bien, casse-toi.

   Le lendemain, Valentin est toujours là. Boulet a besoin de ses compétences. Il est allé le récupérer pendant la nuit alors qu'il faisait ses bagages, utilisant un grossier mélange de flatteries et de menaces, en Machiavel de seconde division. Après des heures de tractations, Valentin a accepté de rester quand le chef a bien voulu condescendre à laisser envoyer un mail à l'Andréa. Plus de douze heures après le premier appel au secours des villageois. Le mail sera réceptionné douze heures plus tard. Vingt-quatre heures durant lesquelles dix-huit êtres humains malmenés par l'océan espéraient le concours d'autres êtres humains.

   Une journée passe.

   Un message tombe.

   L'Andréa a retrouvé une des pirogues. Deux rescapés, un mort."

 

-Claudia au Guatemala que je vous laisse découvrir ...

 

   Ce livre nous fait passer un très bon moment de lecture où la passion de la géographie, le goût de la découverte, de l'insolite sont au rendez-vous. A découvrir.

 

 

 

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Publié dans Romans francophones

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